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"CARTE BLANCHE" Dr Claire Michel

11-06-2020
"CARTE BLANCHE"  Dr Claire Michel

"Carte blanche" par le Dr Claire Michel: 



Chers lecteurs, à la lueur de ce jour naissant, mes pensées vont vers vous. Assise à mon bureau, ma maison dormant encore, je prends le temps de vous envoyer ces quelques mots. Un parfum léger d’huiles essentielles de lavande diffuse depuis ma salle d’attente et mes mains se posent sur les touches du clavier de façon presque automatique. Peut-être savez-vous déjà combien, Nicole, Barbara, Nathalie, Christophe et moi sommes bien inquiets de trouver la meilleure façon de continuer notre cheminement ensemble avec vous. La nuit fut un peu courte, car hier soir, toute la Belgique était suspendue aux paroles de notre première ministre ravivant en nous une petite lueur d’espoir de bientôt vous revoir. J’aime le silence apaisant du jour naissant : on y goûte d’autant mieux à l’atmosphère boisée et apaisante de ce lieu où je me pose, m’installe, pour vous écrire, cet endroit où mes livres et mes pensées se mélangent d’une belle harmonie. Comment allons-nous continuer notre cheminement, ensemble… Je lisais, ce matin, un article sur "le hasard objectif et la mémoire involontaire" de Maxime Abolgassemi (article que je vous conseille et que l’on trouve sur Google)… et me vient une comparaison, peut-être presqu’une métaphore vivante de ce que nous vivons… sur toutes nos tentatives volontaires échouées... suspendues d’une information à une autre, étalées dans le temps. Avez-vous remarqué combien à chaque fois que nous faisons des efforts volontaires dans un chemin thérapeutique ou autre, nous nous heurtons : nous et nos patients, portés par la même barque, à des résistances ou des impasses… un peu comme si la voie thérapeutique prend un autre chemin que celui de notre volonté. Patrick Bellet nous enseigne cette notion sous le terme du « doute thérapeutique » ou encore, selon l’expression que vous connaissez : le chemin de l’hypnose est celui de « conduire le patient tout en le suivant ». Peut-être en est-il ainsi pour notre école : nos efforts répétés pour trouver une solution se heurtent à des impondérables sanitaires qui nous sont imposés. Me vient encore une autre comparaison : Regardez ce que nous vivons sur le plan mondial, sur une dimension plus psycho-écologique, je repense à toutes ces manifestations des jeunes pour le climat des mois derniers, qui se sont heurtées à l’immobilisme triomphant du monde politique. Et puis là, tout d’un coup, le résultat obtenu et désiré de « moins consommer » nous est arrivé par un "hasard" d'une pandémie qui fait taire le bruit de fond de notre quotidien : une chute inévitable qui, par hasard, nous apporte un nouveau mode de fonctionnement. Encore dans les pensées de ce texte, Barbara m’ayant invité à écouter un Podcast de Franck Lopvet qui parle du Covid comme d'une "chute" inattendue et que je perçois comme le hasard qui nous apporte un temps de « moins consommer », un temps de pause et de calme... tout ceci me fait penser à des idées sur la nécessité de la chute, arriver à ce que tout s'écroule, nous bouscule...et sur ce calme que nous partageons en percevant la nature bien plus proche depuis que le tintamarre de notre quotidien se tait. Et bien voilà, nous demandions du temps de changement, de changement radical "de l'intérieur" et nous voilà servi: confinés dans nos intérieurs... Patrick Bellet, encore lui, nous parle de "s'en sortir sans sortir" et c'est bien là le constat, l’enjeu de ce que nous vivons comme une expérience hypnotique non terminée…. Allons-nous nous en sortir sans sortir de notre chez nous, de nos habitudes du quotidien, sans ressentir l'ennui comme un état de bonheur qui s'ignore, sans accepter d’activer notre créativité pour inventer une autre façon d’avancer ensemble, recherchant dans chaque élément qui nous entoure, la sérendipité. Chers étudiants, laissons-nous le temps encore quelques temps de laisser mûrir une façon d’être. Je voudrais encore citer Christiane Singer qui nous dit : "un arbre qu'on abat, fait plus de bruit que le bruissement d'une forêt qui pousse..." Prenons ce moment pour une invitation à entendre le bruissement de nos idées pour « s’en sortir » plutôt que pour abattre l’arbre devant nous. Dans quelques jours, l’équipe de Prisme vous proposera une lettre pour tisser des moments d’échange : un tissage et un apprentissage avant de nouveaux horizons, comme une occasion à nous renouveler.



A bientôt. Claire Si vous souhaitez répondre… e-mail : claire.michel@mail.be

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